L’été 2022 a été l’un des stress tests les plus sévères de l’histoire récente des cryptos. Après l’effondrement de Terra/Luna au printemps, les difficultés de prêteurs centralisés et la faillite de fonds très exposés ont mis à nu le risque de contrepartie, la fragilité de certains rendements promis et l’importance de la liquidité. Dans ce contexte, chercher les « meilleures cryptos » ne consistait pas à trouver le prochain jeton à faire x10, mais à identifier les actifs dont l’utilité, la liquidité et la gouvernance tenaient encore debout.
Ce classement couvre la période du 1er juin au 31 août 2022. C’est une rétrospective : il évalue ce qu’un investisseur pouvait raisonnablement privilégier à ce moment-là, tout en intégrant les leçons révélées par la suite. Il ne s’agit ni d’une recommandation d’achat en 2026 ni d’une promesse de performance : une crypto peut perdre une très grande partie de sa valeur, y compris lorsqu’elle est techniquement sérieuse.
Nous corrigeons aussi deux confusions fréquentes dans les sélections d’époque : Ethos était devenu Voyager Token (VGX), associé à une plateforme centralisée qui a fait faillite pendant l’été 2022 ; et « Maker Icon » mélange deux projets distincts, Maker (MKR) et ICON (ICX). Aucun ne doit être présenté comme un mystérieux jeton capable de créer d’autres cryptomonnaies.
Le meilleur choix relatif de l’été 2022 était Ether (ETH), grâce à l’échéance du Merge, à la profondeur de son écosystème et à sa liquidité. Bitcoin restait le repère défensif du secteur ; Maker, 0x et BAT constituaient des thèses plus spécialisées, donc plus risquées.
La leçon essentielle de 2022 : privilégier un actif liquide et compréhensible ne supprime pas le risque de marché, mais évite de cumuler risque de prix, de protocole et de faillite d’intermédiaire.
Solidité et utilité du réseau
En marché baissier, un protocole doit conserver des usages réels, des développeurs et une raison claire d’exister au-delà de la spéculation.
Liquidité et accessibilité
Les actifs très échangés réduisent en principe le risque d’écart de prix et permettent de sortir plus facilement d’une position lors d’un choc.
Catalyseur identifiable à l’été 2022
Un événement concret ou une adoption mesurable vaut davantage qu’une simple feuille de route ou une promesse marketing.
Risque de contrepartie et de gouvernance
Les faillites de 2022 ont montré qu’un bon actif peut devenir inaccessible lorsqu’il est déposé chez un intermédiaire fragile.
Lisibilité de la thèse d’investissement
Un investisseur doit pouvoir expliquer en une phrase ce qu’il détient, ce qui crée la demande et ce qui invaliderait sa thèse.
| Critère | Ether | Bitcoin | Maker | 0x | BAT |
|---|---|---|---|---|---|
| Nature de l’actif | Jeton natif d’un réseau de smart contracts | Actif monétaire décentralisé | Gouvernance et recapitalisation de MakerDAO | Jeton d’un protocole d’échange | Jeton utilitaire lié à Brave |
| Thèse principale en 2022 | Anticipation du Merge et écosystème Ethereum | Liquidité et simplicité durant la crise | Résilience du DAI surcollatéralisé | Infrastructure non custodiale d’échange | Publicité et attention plus respectueuses de la vie privée |
| Catalyseur de l’été | Transition vers la preuve d’enjeu attendue | Recherche de qualité et de liquidité | Usage du DAI après le choc Terra | Intérêt accru pour la DeFi non custodiale | Adoption de l’écosystème Brave |
| Fourchette indicative juin-août 2022 | 900 à 2 000 $ | 17 500 à 25 000 $ | 400 à 1 200 $ | 0,20 à 0,45 $ | 0,28 à 0,55 $ |
| Risque dominant | Exécution technique et volatilité | Chute macro généralisée | Liquidations, gouvernance et dilution | Faible capture de valeur de ZRX | Demande de BAT insuffisante |
| Niveau de compréhension requis | Intermédiaire | Débutant à intermédiaire | Avancé | Avancé | Débutant à intermédiaire |
Ether (ETH)
Le grand catalyseur technique, porté par l’écosystème Ethereum.
À l’été 2022, Ether était la thèse la plus complète du marché. Ethereum hébergeait déjà une large part de la finance décentralisée, des stablecoins, des NFT et des outils de développement. Surtout, le réseau préparait le Merge, sa transition du mécanisme de preuve de travail vers la preuve d’enjeu, finalement réalisée en septembre 2022. Ce rendez-vous ne garantissait pas une hausse de prix, mais donnait au marché un catalyseur précis, suivi et techniquement significatif.
La baisse violente du premier semestre avait ramené ETH près de la zone des 900 dollars avant un rebond estival vers 2 000 dollars. Cette amplitude illustre le point central : même le numéro deux du marché restait un actif très risqué. La bonne lecture n’était pas « le Merge rend ETH sans danger », mais « Ethereum possède une activité, une communauté de développeurs et une liquidité que peu de réseaux concurrents égalent ».
Le piège de l’époque était le staking via un service opaque. Avant les retraits de staking devenus possibles après la mise à niveau Shanghai en 2023, immobiliser ses ETH ou passer par un intermédiaire ajoutait un risque de liquidité et de contrepartie. Détenir directement l’actif, avec une conservation correctement sécurisée, séparait au moins le risque d’Ethereum du risque d’une plateforme.
Les plus
- Catalyseur du Merge, concret et facilement vérifiable
- Écosystème d’applications, de développeurs et de stablecoins très dense
- Très forte liquidité par rapport à la plupart des altcoins
- Baisse structurelle de la consommation énergétique après le Merge
Les moins
- Volatilité extrême, y compris pour un actif majeur
- Risque d’exécution technique avant le Merge
- Frais de transaction alors encore élevés sur la couche principale
Bitcoin (BTC)
Le repère de liquidité quand le marché cherchait d’abord à survivre.
Bitcoin n’avait pas, à l’été 2022, de catalyseur comparable au Merge. Il conservait néanmoins une qualité décisive durant la crise : c’était l’actif crypto le plus connu, le plus liquide et le plus simple à analyser. Sa thèse reposait sur un réseau monétaire décentralisé à l’offre programmée, et non sur les promesses de rendement d’une plateforme ou sur une mécanique complexe de collatéral.
Après avoir touché des niveaux proches de 17 500 dollars en juin, BTC a rebondi sans effacer les pertes du cycle baissier. Il ne s’agissait donc pas d’un refuge au sens d’un actif stable : Bitcoin pouvait encore céder fortement en quelques jours. En revanche, il limitait plusieurs risques spécifiques aux altcoins, notamment l’arrêt d’un protocole, l’érosion d’une tokenomics mal conçue ou l’absence soudaine de liquidité.
Pour une allocation crypto en période de panique, BTC avait surtout une fonction de socle. C’est l’actif contre lequel il fallait comparer toute idée plus exotique : si un jeton ne justifiait pas clairement son risque supplémentaire face à Bitcoin, l’écarter était souvent la décision la plus rationnelle.
Les plus
- Liquidité et notoriété inégalées dans l’univers crypto
- Thèse simple : réseau monétaire à offre plafonnée
- Pas de risque de smart contract natif comparable à la DeFi
- Moins dépendant d’un unique événement technique à court terme
Les moins
- Aucune protection contre les chutes généralisées du marché
- Cas d’usage moins directement lié aux applications Web3
- Volatilité encore très élevée face aux actifs traditionnels
Maker (MKR)
Une thèse DeFi sérieuse, à condition de comprendre le mécanisme du DAI.
Maker n’était pas un stablecoin : MKR est le jeton de gouvernance et de recapitalisation du protocole MakerDAO, tandis que DAI est son stablecoin. Le protocole permettait de créer du DAI contre des garanties déposées, avec des paramètres de risque votés par la gouvernance. Après le choc Terra/Luna, cette différence était essentielle : DAI ne reposait pas sur une promesse de stabilité purement algorithmique sans collatéral.
La thèse MKR était plus exigeante que celle de BTC ou ETH. Si l’usage de DAI et les revenus du protocole progressaient, la gouvernance de Maker pouvait prendre de la valeur. Mais le détenteur de MKR devait aussi comprendre le revers : en cas de déficit majeur, le mécanisme peut créer et vendre du MKR afin de recapitaliser le système. Posséder MKR, c’était donc accepter une exposition directe aux décisions de risque du protocole.
Durant l’été 2022, la résilience de DAI face à la crise donnait à Maker une crédibilité particulière. Cela ne supprimait pas ses faiblesses : dépendance partielle à des garanties centralisées, risque de liquidation rapide lors d’un krach et complexité de la gouvernance. C’était un excellent projet à étudier, pas un substitut simple à un dépôt en euros ou en dollars.
Les plus
- DAI reposait sur des garanties plutôt que sur une mécanique algorithmique seule
- Protocole DeFi historique avec une utilité facilement identifiable
- MKR donne une exposition à la gouvernance et à l’économie du protocole
- Plus différenciant qu’un simple jeton d’échange
Les moins
- Mécanisme difficile à comprendre pour un débutant
- Risque de déficit et de dilution de MKR en situation extrême
- Exposition à des garanties et à certains actifs centralisés
0x (ZRX)
Le protocole d’échange, plutôt que l’échange lui-même.
0x est un protocole open source permettant à des applications d’agréger et d’exécuter des échanges de jetons. Il ne faut pas le confondre avec une plateforme d’échange centralisée : l’idée de 0x est de fournir une couche technique aux applications qui recherchent de la liquidité, notamment via des ordres ou des cotations gérés hors chaîne puis réglés sur chaîne. Cette architecture visait à réduire certains coûts et à améliorer l’expérience par rapport à un échange entièrement on-chain.
À l’été 2022, l’effondrement de plusieurs acteurs centralisés rendait l’argument de l’infrastructure non custodiale particulièrement audible. Mais un bon protocole ne rend pas automatiquement son jeton incontournable. Pour ZRX, la question décisive était la capture de valeur : les volumes et l’adoption de l’API ou du protocole devaient-ils réellement créer une demande durable pour le token ?
ZRX était donc une sélection de niche, plus adaptée à une poche limitée et assumée comme telle qu’à un portefeuille cœur. L’investisseur prudent devait également distinguer le risque du protocole 0x de celui du wallet, du front-end utilisé et des autorisations de jetons accordées lors des transactions.
Les plus
- Exposition à l’infrastructure des échanges décentralisés
- Projet techniquement distinct d’un exchange custodial
- Thèse cohérente avec la recherche d’auto-conservation après les faillites
- Interopérable avec de nombreuses applications
Les moins
- Lien entre adoption du protocole et valeur de ZRX moins direct que pour d’autres actifs
- Concurrence forte des DEX, agrégateurs et nouvelles couches de liquidité
- Risque de smart contract et de portefeuille pour l’utilisateur final
Basic Attention Token (BAT)
Une utilité grand public réelle, mais une capture de valeur à prouver.
BAT est le jeton associé à l’écosystème du navigateur Brave. Son ambition est de mieux répartir la valeur de la publicité et de l’attention : les utilisateurs peuvent recevoir des récompenses pour certaines publicités, soutenir des créateurs, tandis que les annonceurs accèdent à un système conçu autour de la confidentialité. Comparé à beaucoup de jetons de 2022, BAT avait un avantage concret : son produit était visible et utilisable par le grand public.
Cela ne suffisait pas à faire de BAT un investissement évident. Détenir le token ne revenait pas à posséder Brave, ni à recevoir une part directe de ses revenus. La question clé restait donc celle de la demande structurelle de BAT : combien d’annonceurs, d’utilisateurs et de créateurs l’utilisaient réellement, et quelle part de cette activité exigeait durablement le jeton ?
BAT mérite la cinquième place pour son cas d’usage compréhensible et sa porte d’entrée grand public, mais pas davantage. En période de marché baissier, les jetons liés à un produit peuvent souffrir si l’utilité est réelle mais que le mécanisme économique du token reste secondaire. Pour tester l’écosystème, mieux valait commencer comme utilisateur de Brave que spéculer sur un scénario de prix.
Les plus
- Cas d’usage facile à comprendre autour de Brave et de la publicité
- Produit grand public, contrairement à de nombreux protocoles purement techniques
- Possibilité de soutenir des créateurs et d’expérimenter le système
- Thématique confidentialité différenciante
Les moins
- Détenir BAT ne confère pas de droit sur Brave
- Demande durable du token plus difficile à démontrer
- Adoption publicitaire et disponibilité des récompenses variables selon les pays
Le verdict de l’été 2022 est moins glamour qu’une liste de pépites, mais nettement plus utile : dans une crise de confiance, ETH et BTC étaient les points de départ les plus défendables. ETH apportait le potentiel et le rendez-vous du Merge ; BTC apportait la lisibilité et la liquidité. MKR, ZRX et BAT pouvaient compléter une analyse, mais exigeaient chacun de comprendre un mécanisme de valeur plus incertain.
La meilleure décision n’était pas nécessairement d’acheter. Elle pouvait être de réduire son exposition, de fractionner ses entrées, de sortir ses actifs d’un intermédiaire à risque ou simplement d’attendre. L’été 2022 a enseigné qu’en crypto, survivre aux scénarios défavorables compte davantage que trouver le token le plus excitant.
Quelle était la meilleure crypto à acheter durant l’été 2022 ?
Dans cette rétrospective, Ether (ETH) arrive en tête, non parce qu’il était sûr, mais parce qu’il réunissait un événement majeur, le Merge, une très grande liquidité et un écosystème déjà actif. Bitcoin était le choix plus simple et généralement moins exposé aux risques de protocole. Le bon choix dépendait toutefois du niveau de risque, de l’horizon et de la capacité à supporter une baisse importante.
Pourquoi Ethereum passe-t-il devant Bitcoin dans ce classement ?
Bitcoin était plus simple et plus défensif dans l’univers crypto. Ethereum disposait, lui, d’un catalyseur exceptionnel à court terme : le passage à la preuve d’enjeu. À l’été 2022, ce changement attendu apportait une raison spécifique de suivre ETH, en plus de l’usage d’Ethereum par les applications DeFi, les stablecoins et les NFT. Cela augmentait aussi le risque d’exécution, ce qui explique pourquoi BTC reste juste derrière.
Maker (MKR) et DAI, est-ce la même chose ?
Non. DAI est un stablecoin conçu pour suivre le dollar américain et créé contre des garanties. MKR est le jeton de gouvernance de MakerDAO, avec une fonction de recapitalisation du protocole. Acheter du MKR revient à prendre un risque de gouvernance et de valeur du protocole ; détenir du DAI vise une stabilité relative, sans être une garantie de stabilité absolue.
0x est-il une plateforme d’échange comme Binance ou Coinbase ?
Non. 0x est principalement une infrastructure logicielle utilisée par des applications pour faciliter l’échange de jetons. Binance ou Coinbase sont des entreprises qui proposent notamment des services centralisés et conservent souvent les actifs de leurs clients. Le protocole 0x ne fait pas disparaître les risques : il faut encore évaluer le wallet, l’interface utilisée, les frais, les autorisations de jetons et le smart contract.
Pourquoi Ethos ou Voyager Token ne figure-t-il pas dans le TOP 5 ?
Parce qu’une sélection responsable pour l’été 2022 devait intégrer le risque de contrepartie. Ethos était devenu VGX, le token lié à Voyager, et Voyager Digital a fait faillite durant cette période. Ce cas montre qu’une équipe, une application agréable ou un token connu ne suffisent pas lorsque le modèle économique et la garde des actifs dépendent d’un intermédiaire fragilisé.
Peut-on utiliser ce classement pour investir en 2026 ?
Non, pas tel quel. Ce classement décrit un contexte historique : prix, règles, adoption, concurrence et risques ont changé. Avant toute décision actuelle, il faut vérifier l’activité récente du protocole, sa documentation, la liquidité, le cadre fiscal applicable, les conditions de conservation et la place de cette exposition dans son patrimoine global. Une crypto n’est jamais une épargne de précaution.
Ce TOP 5 est un classement éditorial rétrospectif, établi pour la période juin-août 2022. Nous avons pondéré la robustesse du réseau, l’utilité observable, la liquidité, les catalyseurs connus à l’époque et les risques de gouvernance ou de contrepartie ; il ne classe pas les actifs selon leur seule performance ultérieure. Les fourchettes de prix sont des ordres de grandeur historiques destinés à contextualiser la volatilité, non des cours de référence ni des objectifs de prix.